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 Garde seconde

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Sigismon

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Nombre de messages : 16
Localisation : Caemlyn
Date d'inscription : 27/10/2006

MessageSujet: Garde seconde   Mar 7 Nov - 19:32

Sigismon ferma la porte et la verrouilla, puis ferma les volets et tira les rideaux de chacune des fenêtres et marcha dans la pénombre de la grande pièce qu'il connaissait bien, faisant glisser ses yeux sur le cuir des livres familiers en tentant de maîtriser les émotions conflictuelles qui perturbaient son calme. Il passa sous le bouclier portant les armes de sa famille de petite, mais de vieille noblesse, puis vint s'asseoir à son bureau et en caressa distraitement le bois, reconnaissant dans l'obscurité chaque creux, chaque fissure et son histoire, comme c'était son habitude lorsqu'il avait besoin de réfléchir.

Il n'arrivait toutefois pas à se concentrer. À travers la large salle où il avait son cabinet d'étude et où il avait donné la leçon à chacun des enfants de la famille royale, des éclats de voix perçaient le silence. Des appartements qu'elle partageait maintenant avec le prince Reyn, il entendait indistinctement la colère de la sedaï, ce qui l'empêchait de retrouver son calme. Il frissonna.

Lorsqu'il avait aménagé dans ce lieu, à ses débuts comme précepteur, il avait constaté qu'il y arrivait des bribes de ce qui se déroulait dans les quartiers royaux, adjaçants, surtout lorsque tout était silencieux, que les volets étaient fermés et que le feu ne grondait pas dans la cheminée. D'abord gêné, il en était néanmoins rapidement arrivé à l'idée que cela l'aiderait à comprendre les enfants qu'il éduquait. Jamais il n'en avait rien dit à quiconque et il avait même descellé quelques pierres pour mieux entendre. Ainsi, il avait capté les conversations enfantines des princes et des princesses, été le témoin secret de certains de leurs jeux et de leurs rêves à mesure qu'ils vieillissaient. Ému et gêné, il avait même entendu plusieurs fois les passions et déclarations d'amour des uns et des autres et il se souvenait d'une partie de ceux et de celles qui avaient fait leurs joies et leurs blessures. Cela faisait partie de son rôle à la cour, s'était-il dit. Il avait néanmoins installé une épaisse tapisserie sur le mur qui donnait vers les appartements de la Reine.

"La Reine...", murmura-t-il en levant les yeux sur la peinture accrochée à la droite de son bureau et faiblement éclairée par un rayon de lumière. Il lui devait tout. Il continuerait à veiller sur ses intérêts, comme elle veillait sur lui et sur le Royaume. Il prit une grande respiration et réfléchit. Cette Estyne n'était pas encore mature et sa sorcellerie était encore sûrement loin de la puissance qu'elle atteindrait... mais elle était caractérielle, irrationnelle, incontrôlée, intraitable et imprévisible, ce qui la rendait encore plus dangereuse. De cette femme, il devait protéger Janeyra, et ses enfants, et le royaume, et Reyn. Il relâcha son souffle et regarda la lumière.

C'était l'heure.

Il quitta ses habits de cour pour des vêtements qui ne restreindraient pas ses mouvements, revêtit de hautes bottes et des gants de cuir fin et plaça sur ses épaules sa cape d'extérieur. Il arrêta une autre fois son regard sur la peinture de la reine et resta figé un instant, puis un éclat de la voix d'Estyne le tira de son immobilité. Marchant jusqu'aux armes de sa famille, Sigismon de Mathérin choisit une longue épée fine, la testa de quelques gestes souples et sortit de son habituel pas feutré.
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Sigismon

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Date d'inscription : 27/10/2006

MessageSujet: Une épreuve à surmonter.   Sam 11 Nov - 9:57

La lame fendit l’air en sifflant une fois, deux fois, trois fois, chaque fois produisant un tintement sourd et rebondissant en étant parée. La lame revint en position de garde, main près du front et pointe en demi vers le bas. La position était bonne, ciblant bien l’adversaire tout en maintenant l’acier en position protectrice, bien appuyée sur un bras renversé. La contre-attaque jaillit, heurtant brutalement le fer en glissant près du visage, puis écartant la lame et pointant au corps, le coup n’étant évité que par une volte précipitée dont le déséquilibre retarda la remise en garde d’un souffle qui aurait pu valoir une vie.

L’adversaire était coriace, confiant et intraitable, plus habile et plus fort. Ses bras étaient plus longs de trois paumes, ses jambes de cinq, son poid plus élevé d’une demi. L'adversaire frappait dur et semblait anticiper sa douleur avec un air mauvais. Son uniforme était maculé de sang séché. Il n’était pas de son calibre et la panique s’installait. Il reprit pour se sécuriser la garde qui le faisait généralement dominer. Seconde garde, encore. Efficace pour une attaque puissante et une défense haute passive, mais bloquant plusieurs possibilités. Dominé par l’adversaire, il retenait toute audace et s'en tenait aux coups les plus sûrs. Mauvaise stratégie! L’adversaire brisa sa garde par une feinte basse, qu’il enleva sèchement en direction de la gorge du Prince qui n'avait pas eu le temps de se rétablir.

"Stop!"

Le vieux soldat figea immédiatement son coup et inclina la tête en signe de respect au jeune prince. Pelias n'avait plus du tout son habituelle humeur enjouée. En reprenant pied, il lança au soldat un regard noir, les yeux mouillés de larmes. Il tremblait légèrement. Le Précepteur s'assura que le Prince n'avait rien, mais qu'il saisissait bien que son erreur aurait été fatale. Il aimait ce jeune blondinet, mais il devait le préparer à des adversaires qu'il ne pourrait vaincre facilement, à surmonter la peur et à faire d'une situation d'échec un succès.

"Soldat, la leçon sera interrompue une demi heure. Tu peux aller te rafraîchir. Merci."

Le vétéran frontalier salua à la manière bourrue d'un soldat en campagne et quitta la petite cour à l'écart où l'entraînement avait lieu.

Comme il avait fait pour les autres princes, Sigismon ne s'était offert lui-même comme adversaire qu'aussi longtemps que Pelias n'avait été qu'un enfant. Le Précepteur connaissait finement les techniques et les chorégraphies d'escrime et il était plus rapide que la plupart des adversaires qu'il avait affronté, mais il n'était pas un homme d'arme et il réalisait qu'il n'était pas un modèle suffisant pour doter les enfants de la Reine des habiletés martiales dont ils auraient besoin. Il avait donc fait appel à divers soldats, officiers et nobles de l'entourage des princes, les confrontant toute leur jeunesse à une variété d'adversaires pour varier leur expérience et leur faire connaître personnellement une partie de ceux qui pourraient être amenés plus tard à risquer leur vie pour eux.

Son enseignement à lui consistait à choisir les adversaires et à discuter ensuite des techniques employées avec le prince en le faisant bénéficier de ce que les classiques de l'escrime pouvaient enseigner sur les diverses situations. Et il croyait être arrivé à de bons résultats!

Une fois sûr que personne ne l'entendrait gronder le prince, il brisa le silence d'un ton sec.

"Prince Pelias! Vous avez été déséquilibré! Expliquez immédiatement la raison de votre échec!"

En écoutant le Prince expliquer son erreur, le Précepteur gardait un visage sévère, mais il ne pouvait s'empêcher de compatir avec le petit. C'était un adversaire redoutable qu'il avait placé en face de lui, un vétéran rude et formé au combat réel des frontières et non aux combats légers de la Cour. Sigismon savait par son neveu, commandant de la garde frontalière, que cet homme était pleinement loyal et suffisamment expérimenté et avisé pour ne pas présenter un danger réel pour le prince. Ce dernier, toutefois, ne le savait pas et ne voyait probablement devant lui qu'un homme de guerre aux penchants meurtriers qui pourrait le couper en deux à la moindre saute d'humeur. Pour amplifier son effet, le Précepteur avait demandé au soldat de revêtir un vieil uniforme taché de sang, d'adopter l'humeur revêche des camps et de secouer un peu le prince. Il souhaitait que Pellias se sente vraiment en mauvaise posture et qu'il surmonte sa peur. Ce jour avait semblé propice pour ce genre d'épreuves...

Il déglutit et revint à Pelias en rendant sa voix dure.

"De manière répétée, vous avez utilisé la seconde garde. Cette garde vous réussit bien face à des adversaires courtois mais elle ne vous a manifestement pas protégé ici des assauts de cet homme ou permis de réussir les vôtres! Justifiez-vous!"

Sigismon regardait le garçon aux membres trop longs s'expliquer. Bientôt, il entrerait pleinement dans l'adolescence et ne s'intéresserait probablement plus à rien d'autres qu'aux filles, comme ses frères l'avaient fait avant lui, à son grand désespoir. Il ne lui restait que peu de temps pour terminer de le former et il avait besoin d'apprendre à surmonter un adversaire plus puissant.Pellas était prince et aurait l'habitude d'être entouré de gens prêts à se sacrifier pour lui, mais même dans les situations paraissant les plus stables, des périls imprévus pouvaient arriver - et il devait être prêt.

"Réfléchissez, par la Lumière! Souvenez-vous de vos leçons et encore plus face à un adversaire que vous peinez à vaincre!

Il ne devait pas se relâcher. Trop de laxisme avait été responsable de l'indiscipline de Reyn et d'Urilan.. Pour le bien de Pallias, son précepteur devait être sévère.

"Répètez-moi les règles de la victoire, Prince, celles que nous avons étudiées encore hier. Non, ne rechignez pas! Nous attendrons ici tant que vous ne m'aurez pas rappelé ces règles, et ce soldat va attendre avec nous, ce qui n'améliorera sûrement pas son humeur, n'est-ce pas? Je serais vraiment peiné si cet homme vous blessait, et votre mère m'en voudrait même si j'arrivais à vous soigner, mais il n'est pas question que je vous laisse vous défiler de ceci. Votre vie et celle de ceux que vous défendrez pourraient en dépendre, un jour, alors allez, Prince, rappelez-moi les règles de la victoire et expliquez-les moi!"

Il écouta le prince réciter et commenter. Il reconnaissait comme l'enfant était brillant et s'empêchait de sourire en pensant aux coups pendables qu'il faisait subir à son pauvre entourage. Il approuva avant de poursuivre.

"Hum, très bien! Éviter les adversaires trop puissants est une excellente chose, lorsqu'ils sont évitables, mais ce n'est pas toujours le cas, malheureusement. Et, pour tout adversaire et particulièrement si leur puissance est grande, il faut bien sûr varier vos techniques, utiliser vos forces et celles que vous pouvez rallier, oui... Et observer soigneusement cet adversaire pour découvrir ses faiblesses et les utiliser contre lui. Vous avez raison, bien! Choisir votre terrain est aussi crucial, comme vous le dites, même si cela ne faisait pas partie des règles apprises. Vous avez bien retenu votre leçon, Prince, félicitation!"

Au bout de la courtine, le soldat revenait.

"Voyons maintenant si vous saurez les appliquer. Quelles sont vos forces? Quelles sont ses faiblesses? Pensez à toutes les ressources dont vous disposez. Vite, il arrive!"

Le Précepteur jouait volontairement sur l'angoisse du garçon , pour lui donner une épreuve marquante à surmonter, et aussi pour observer comment il la surmonterait et s'inspirer lui-même une manière de faire face à celle qui l'attendait!
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